Page 04 — Mars 1963 à mai 1970
Les albums
Treize disques studio en sept ans et deux mois — de dix heures d’enregistrement pour le premier à cent vingt-neuf jours de séances pour Sgt. Pepper.
Le format
Vingt minutes par face
Un 33 tours de l’époque tient environ vingt minutes par face : passé cette durée, les sillons se resserrent et il faut réduire le grave. Cette contrainte physique explique la durée des albums du groupe — trente à trente-cinq minutes — et l’importance donnée à l’ordre des morceaux, puisque l’auditeur doit se lever pour retourner le disque au milieu.
Les éditions britanniques et américaines diffèrent longtemps : Capitol Records découpait les albums anglais pour en fabriquer davantage, avec moins de titres chacun. Ce n’est qu’en 1987, avec le disque compact, que le catalogue est unifié sur les versions britanniques — celles présentées ici.
La plupart de ces disques ont d’ailleurs été mixés d’abord en monophonie, sur un tourne-disque de salon. Les versions stéréo, expédiées en quelques heures, n’étaient pas celles que le groupe écoutait.
Illustrations originales
Treize pochettes, redessinées
Les visuels d’origine sont protégés par le droit d’auteur et ne peuvent pas figurer ici. Chaque pochette ci-dessous est donc une évocation graphique originale, dessinée pour ce site dans l’esprit de la sérigraphie des années 1960 — jamais une reproduction.
-
01
Please Please Me
22 mars 1963 · 14 titres · 32 min
Le répertoire de scène du Cavern, gravé en une seule journée du 11 février 1963 pour tenir dans le budget. Huit reprises, six inédits, et une extinction de voix sur le dernier morceau, enregistré en deux prises parce que Lennon n’aurait pas tenu davantage. Trente semaines nº 1 au Royaume-Uni.
À écouter : « I Saw Her Standing There » · « Please Please Me » · « Twist and Shout »
-
02
With the Beatles
22 novembre 1963 · 14 titres · 33 min
Publié le jour de l’assassinat de Kennedy, avec 300 000 précommandes — du jamais vu pour un album en Grande-Bretagne. Sa pochette, quatre visages à moitié dans l’ombre sur fond noir, importe dans la variété une esthétique empruntée à la photographie d’art.
À écouter : « All My Loving » · « Money (That’s What I Want) »
-
03
A Hard Day’s Night
10 juillet 1964 · 13 titres · 30 min
Le seul album entièrement signé Lennon — McCartney, sans la moindre reprise. Bande originale du premier film, tourné en noir et blanc en six semaines. Il s’ouvre sur un accord de douze-cordes si particulier qu’on discute encore de sa composition exacte, soixante ans plus tard.
À écouter : « A Hard Day’s Night » · « And I Love Her » · « Can’t Buy Me Love »
-
04
Beatles for Sale
4 décembre 1964 · 14 titres · 33 min
Enregistré par intermittence entre deux tournées, dans l’épuisement. Faute de temps pour écrire, six reprises viennent compléter le disque. C’est le premier album où le groupe a l’air fatigué — et où les chansons commencent à parler d’autre chose que de l’amour adolescent.
À écouter : « Eight Days a Week » · « I’m a Loser » · « No Reply »
-
05
Help!
6 août 1965 · 14 titres · 34 min
Bande originale du deuxième film, tourné en couleurs aux Bahamas et dans les Alpes. C’est ici qu’apparaît « Yesterday », enregistré par McCartney seul avec un quatuor à cordes : la première fois qu’un Beatle grave un titre sans les trois autres.
À écouter : « Help! » · « Ticket to Ride » · « Yesterday »
-
06
Rubber Soul
3 décembre 1965 · 14 titres · 35 min
Le basculement. Sitar, harmonium, piano préparé, guitares saturées — et surtout l’idée neuve qu’un album puisse se tenir comme un tout plutôt que comme une collection de singles entourée de remplissage. Brian Wilson des Beach Boys l’écoute et entreprend de répondre : ce sera Pet Sounds.
À écouter : « Norwegian Wood » · « In My Life » · « Nowhere Man »
-
07
Revolver
5 août 1966 · 14 titres · 35 min
Boucles de bande, chant passé dans une cabine Leslie, marche arrière, micros au ras des peaux, quatuor à cordes en double. Beaucoup de ces morceaux étaient injouables sur scène avec le matériel de l’époque — trois semaines après sa sortie, le groupe donnait son dernier concert.
À écouter : « Eleanor Rigby » · « Taxman » · « Tomorrow Never Knows »
-
08
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band
26 mai 1967 · 13 titres · 39 min
129 jours de séances, un orchestre de quarante musiciens, et un dispositif de fiction — le groupe joue un autre groupe — qui libère tout le reste. Premier album rock à imprimer ses textes au dos de la pochette, et premier à supprimer les silences entre les morceaux.
À écouter : « Lucy in the Sky with Diamonds » · « A Day in the Life »
-
09
Magical Mystery Tour
27 novembre 1967 · 11 titres · 37 min
Double EP au Royaume-Uni, album complet aux États-Unis — c’est la version américaine qui est entrée au catalogue officiel. Le téléfilm improvisé, diffusé en noir et blanc le lendemain de Noël sur la BBC, est éreinté par la presse : le premier échec public du groupe.
À écouter : « Strawberry Fields Forever » · « Penny Lane » · « I Am the Walrus »
-
10
The Beatles (l’Album blanc)
22 novembre 1968 · 30 titres · 93 min
Trente titres rapportés de Rishikesh, et quatre musiciens qui enregistrent de plus en plus séparément, parfois dans deux studios en même temps. Ringo claque la porte deux semaines en août. Après la surcharge visuelle de Sgt. Pepper, la pochette est un carré blanc nu, avec un numéro de série gravé.
À écouter : « While My Guitar Gently Weeps » · « Blackbird » · « Helter Skelter »
-
11
Yellow Submarine
17 janvier 1969 · 13 titres · 40 min
Le disque le moins essentiel du catalogue, et le groupe ne s’en est jamais caché : quatre inédits sur une face, la partition orchestrale de George Martin sur l’autre. Le film d’animation, en revanche, réalisé avec un graphisme pop emprunté à l’affiche psychédélique, est resté un classique du genre.
À écouter : « Hey Bulldog » · « It’s All Too Much »
-
12
Abbey Road
26 septembre 1969 · 17 titres · 47 min
Le dernier enregistré ensemble, et le premier entièrement gravé sur huit pistes. Sa face B enchaîne huit fragments inachevés cousus bout à bout en un finale de seize minutes — une idée de McCartney et George Martin que Lennon jugeait prétentieuse. Ringo y place l’unique solo de batterie de toute la discographie.
À écouter : « Come Together » · « Something » · « Here Comes the Sun »
-
13
Let It Be
8 mai 1970 · 12 titres · 35 min
Enregistré en janvier 1969, avant Abbey Road, sous le titre de travail Get Back : l’idée était de revenir au groupe qui joue en direct, sans artifice. Les bandes restent inexploitées un an, sont confiées au producteur Phil Spector qui les recouvre de chœurs et de cordes, et paraissent après l’annonce de la séparation.
À écouter : « Let It Be » · « Get Back » · « Across the Universe »
Trois clips officiels
Les disques, en images
Le groupe tournait ces films courts pour ne plus avoir à se déplacer sur les plateaux de télévision. Sans le savoir, il inventait le vidéoclip.
L’autre discographie
Dix-sept nº 1 britanniques
Dans les années 1960, le 45 tours reste le format qui compte. Le groupe en publie vingt-deux, dont dix-sept atteignent la première place — parfois avec deux faces classées ensemble. Curiosité : « Please Please Me » n’en fait pas partie, arrivé deuxième au classement retenu aujourd’hui comme officiel.
- 1963 From Me to You
- 1963 She Loves You
- 1963 I Want to Hold Your Hand
- 1964 Can’t Buy Me Love
- 1964 A Hard Day’s Night
- 1964 I Feel Fine
- 1965 Ticket to Ride
- 1965 Help!
- 1965 Day Tripper / We Can Work It Out
- 1966 Paperback Writer
- 1966 Yellow Submarine / Eleanor Rigby
- 1967 All You Need Is Love
- 1967 Hello, Goodbye
- 1968 Lady Madonna
- 1968 Hey Jude
- 1969 Get Back
- 1969 The Ballad of John and Yoko
- 2023 Now and Then — le dix-huitième, cinquante-quatre ans après