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Strawberry Fields Le groupe

Page 01 — Distribution

Le groupe

Quatre garçons de Liverpool, nés entre 1940 et 1943, à quelques rues les uns des autres. Aucun ne savait lire la musique. Voici ce que chacun apportait — et ce que la chimie des quatre a produit.

L’assemblage

Deux auteurs, un guitariste, un batteur

La formule qui fait les Beatles n’a rien d’évident. Deux auteurs-compositeurs qui écrivent ensemble et signent tout à quatre mains, quelle que soit la part réelle de chacun : c’est l’accord passé entre Lennon et McCartney en 1957, et il tiendra treize ans. Un troisième auteur, plus lent à s’imposer, qui finira par écrire deux des plus belles chansons du répertoire. Et un batteur qui ne compose presque pas mais dont le jeu, légèrement en retard sur le temps, donne au groupe sa démarche reconnaissable.

Ils se répartissent aussi les voix. Sur les premiers disques, la marque de fabrique est l’harmonie à deux ou trois voix, héritée des groupes vocaux américains qu’ils écoutaient sur les disques rapportés par les marins de Liverpool. Chacun chante lead sur ses propres chansons ; Ringo a droit à un titre par album, souvent écrit pour sa voix limitée et son registre bas.

Sur la passerelle de l’avion, Schiphol, 5 juin 1964. À la batterie ce jour-là : Jimmy Nicol, qui remplaçait Ringo Starr. Harry Pot / Anefo - Nationaal Archief · CC0
John Lennon, conférence de presse de Schiphol, 5 juin 1964. Harry Pot / Anefo - Nationaal Archief · CC0
Une Rickenbacker 325, le modèle qu’il a joué de 1960 à 1964. doryfour · CC BY-SA 2.0

01

John Lennon

Liverpool, 9 octobre 1940 — New York, 8 décembre 1980

Guitare rythmique · Chant · Harmonica

Élevé par sa tante Mimi dans une maison de Menlove Avenue, il fonde les Quarrymen à seize ans, sur le modèle des groupes de skiffle qui pullulaient alors en Angleterre. C’est son groupe : il en garde jusqu’au bout l’autorité morale et le ton — ironique, tranchant, souvent brutal en interview.

Musicalement, il apporte le versant anguleux. Là où McCartney construit des mélodies rondes, Lennon travaille par répétition et par tension : une note tenue, un accord qui refuse de se résoudre. À partir de 1966, c’est lui qui pousse le groupe vers l’expérimentation de studio — boucles de bande, bandes lues à l’envers, voix traitée jusqu’à devenir méconnaissable.

Instruments
Rickenbacker 325, Epiphone Casino, Gibson J-160E
Il a écrit
« Strawberry Fields Forever », « A Day in the Life », « Come Together »
La polémique
Une phrase de mars 1966 sur la popularité du groupe, reprise aux États-Unis en juillet, provoque des autodafés de disques dans le Sud américain
Après 1970
Plastic Ono Band, Imagine (1971), cinq ans de retrait à New York, Double Fantasy (1980)
Paul McCartney aux Pays-Bas, 5 juin 1964. Eric Koch / Anefo - Nationaal Archief · CC0
Basse Höfner 500/1 et Gretsch Country Gentleman : les instruments de Paul et George. doryfour · CC BY-SA 2.0

02

Paul McCartney

Liverpool, né le 18 juin 1942

Basse · Chant · Piano · Guitare

Gaucher, il achète à Hambourg une basse Höfner 500/1 parce qu’elle est symétrique : retournée, elle ne paraît pas montée à l’envers. L’instrument est léger, bon marché, au son rond et court — et il devient par accident l’une des signatures sonores du groupe.

C’est le musicien le plus complet des quatre. Il joue la batterie sur plusieurs titres, le piano sur beaucoup d’autres, et signe même le solo de guitare de « Taxman », une chanson de Harrison. Après la mort de Brian Epstein en 1967, c’est lui qui prend en charge la direction du groupe : les projets, les séances, le calendrier. Cette énergie de meneur finira par peser sur les trois autres.

Instruments
Höfner 500/1, Rickenbacker 4001S, piano, batterie
Il a écrit
« Yesterday », « Eleanor Rigby », « Penny Lane », « Hey Jude »
Un record
« Yesterday » compte plus de 2 200 reprises recensées : aucune chanson n’a été autant réenregistrée
Après 1970
Wings, Band on the Run (1973), plus de vingt albums solo, anobli en 1997
George Harrison, conférence de presse de Schiphol, 5 juin 1964. Harry Pot / Anefo - Nationaal Archief · CC0
Le manche d’une guitare électrique : à quatorze ans, il en jouait déjà mieux que les deux autres. auteur non credite · CC0

03

George Harrison

Liverpool, 25 février 1943 — Los Angeles, 29 novembre 2001

Guitare solo · Sitar · Chant

Quatorze ans lorsqu’il rejoint le groupe, et déjà le meilleur guitariste des trois. Lennon le trouve trop jeune, puis cède. Cette position de cadet lui collera longtemps : pendant des années, il obtient une ou deux chansons par album, coincé entre deux auteurs qui en produisent trente.

Son apport décisif est ailleurs. En 1965, sur le tournage de Help!, il croise un sitar posé sur un décor et s’en achète un. Il l’utilise sur « Norwegian Wood » la même année, prend des leçons auprès de Ravi Shankar à partir de 1966, et fait entrer dans la pop occidentale des gammes, des bourdons et une conception du temps musical qui lui étaient étrangers. En 1969, il écrit « Something » et « Here Comes the Sun », deux des titres les plus repris du catalogue.

Instruments
Gretsch Country Gentleman, Rickenbacker 360/12, sitar
Il a écrit
« Taxman », « While My Guitar Gently Weeps », « Something », « Here Comes the Sun »
Une première
Son Concert for Bangladesh, le 1ᵉʳ août 1971, invente le grand concert caritatif du rock
Après 1970
All Things Must Pass, triple album, puis les Traveling Wilburys en 1988
Ringo Starr à New York, février 1964. United Press International · Domaine public
Derrière sa batterie, Jacksonville, 11 septembre 1964. Vern Barchard · Domaine public

04

Ringo Starr

Liverpool, né Richard Starkey le 7 juillet 1940

Batterie · Chant · Percussions

L’aîné des quatre, et celui qui a le moins été à l’école : une péritonite à six ans lui coûte un an d’hôpital, une tuberculose à treize ans deux années de sanatorium. C’est là, dans l’atelier de musique de l’établissement, qu’on lui met des percussions entre les mains. Quand il rejoint le groupe en août 1962, il est déjà l’un des batteurs les plus demandés de Liverpool, avec Rory Storm and the Hurricanes.

Gaucher installé derrière une batterie montée pour droitier, il attaque ses roulements de la main gauche et retombe légèrement en retard : ce décalage minuscule, impossible à reproduire, donne au groupe son balancement. Il chante un titre par album, écrit rarement — « Octopus’s Garden » est de lui — et quitte brièvement le groupe pendant les séances de l’Album blanc, en août 1968. Il reviendra deux semaines plus tard : les autres avaient couvert sa batterie de fleurs.

Instruments
Batterie Ludwig Oyster Black Pearl, cymbales Zildjian
Il a chanté
« Yellow Submarine », « With a Little Help from My Friends », « Octopus’s Garden »
Le seul solo
Toute la discographie du groupe ne compte qu’un solo de batterie, sur Abbey Road — et il a fallu le convaincre de le jouer
Après 1970
Deux nº 1 américains, le cinéma, et le All-Starr Band depuis 1989

Autour des quatre

Les autres Beatles

L’expression « cinquième Beatle » a été attribuée à une bonne dizaine de personnes. Voici celles qui ont réellement compté.

George Martin

Producteur · 1962 — 1970

Formé à la musique classique, il dirigeait chez Parlophone un catalogue de disques comiques quand il signe le groupe en 1962. C’est lui qui écrit les arrangements de cordes de « Yesterday » et « Eleanor Rigby », traduit en solfège ce que quatre musiciens qui ne lisent pas la musique lui décrivent avec des images, et joue lui-même le solo de piano accéléré de « In My Life ».

Brian Epstein

Manager · 1961 — 1967

Disquaire de Liverpool, il descend au Cavern le 9 novembre 1961 par curiosité et propose de les gérer. Il leur fait quitter le blouson de cuir pour le costume, impose le salut de fin de concert, et décroche l’audition chez EMI après avoir été refusé partout. Sa mort en août 1967, à trente-deux ans, laisse le groupe sans pilote.

Geoff Emerick

Ingénieur du son · 1966 — 1969

Il prend la console à dix-neuf ans, pour Revolver. Il enfreint méthodiquement le règlement d’EMI : micros trop près des peaux, saturation volontaire, chant passé dans un haut-parleur d’orgue. La plupart des trouvailles sonores de la période portent sa marque autant que celle du groupe.

Stuart Sutcliffe

Basse · 1960 — 1961

Peintre, camarade d’école d’art de Lennon, il achète une basse avec l’argent d’un prix de peinture et joue à Hambourg sans vraiment savoir en jouer. Il quitte le groupe pour rester peindre en Allemagne, et meurt d’une hémorragie cérébrale en avril 1962, à vingt et un ans.

Pete Best

Batterie · 1960 — 1962

Batteur des deux premières années, y compris pendant les nuits de Hambourg. Congédié en août 1962, quelques semaines avant le premier disque, pour des raisons qui font débat depuis soixante ans. Le club de sa mère, le Casbah, avait pourtant hébergé leurs premiers concerts.

Jimmy Nicol

Batterie · treize jours en 1964

Ringo est hospitalisé pour une angine la veille du départ en tournée mondiale. Nicol, batteur de studio, apprend le répertoire en une répétition et joue huit concerts au Danemark, aux Pays-Bas et à Hong Kong avant de rendre le poste. Il apparaît sur les photographies de cette page prises le 5 juin 1964.

1970 et après

Quatre carrières séparées

Aucun des quatre n’a cessé d’enregistrer. Aucun n’a accepté de reformer le groupe.

1965 : le dernier moment où les quatre posent encore comme un seul objet promotionnel. Dix-huit mois plus tard, ils cessaient de monter sur scène. EMI · Domaine public

John Lennon

Plastic Ono Band, Imagine, les bed-ins pour la paix, quatre ans de procédure d’expulsion des États-Unis, puis cinq ans de silence. Assassiné le 8 décembre 1980.

Paul McCartney

Wings dès 1971, Band on the Run, plus de vingt albums solo et cinquante ans de scène sans interruption.

George Harrison

Un triple album en 1970, le premier grand concert caritatif du rock en 1971, une maison de cinéma en 1978. Mort en 2001.

Ringo Starr

Deux nº 1 américains, le cinéma, une longue période d’alcoolisme dont il parle ouvertement, et le All-Starr Band depuis 1989.

Les cinquante années qui suivent la séparation ont leur propre page : Après les Beatles. Et ce que ces quatre-là ont fait de moins glorieux est rassemblé dans Zones d’ombre.

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