Neuf trouvailles
Le studio comme instrument
Aucune de ces techniques n’a été inventée pour faire joli. Chacune répond à un problème concret : pas assez de pistes, pas assez de temps, ou une idée sonore que le matériel ne savait pas produire.
1963 — 1968
La réduction de pistes
Quatre pistes seulement. Pour en libérer, on mixe plusieurs pistes existantes vers une seule d’un magnétophone à l’autre. Chaque opération coûte une génération de qualité : certains titres en subissent trois avant d’être terminés.
Toute la période EMI
1966
Le double-suivi artificiel
Lennon détestait rechanter la même ligne deux fois pour l’épaissir. L’ingénieur Ken Townsend câble deux magnétophones de manière à recopier la voix avec un décalage infime : l’effet de doublage sans la corvée.
Baptisé ADT · Revolver
1966
Les boucles de bande
Cinq boucles préparées à la maison, montées sur autant de magnétophones répartis dans le bâtiment, maintenues tendues par un crayon, lancées simultanément et mixées en direct à plusieurs paires de mains.
« Tomorrow Never Knows »
1966
La bande à l’envers
Une bobine montée dans le mauvais sens pendant les séances de « Rain ». Plutôt que de corriger l’erreur, le groupe l’adopte : voix et guitares inversées entrent dans le vocabulaire du répertoire.
« Rain », face B
1966
La voix dans la cabine Leslie
Lennon voulait que son chant évoque des moines psalmodiant au sommet d’une montagne. Townsend fait passer le micro par le haut-parleur tournant d’un orgue Hammond : la voix se met à tourner dans la pièce.
« Tomorrow Never Knows »
1966 — 1967
Le varispeed
Modifier la vitesse du magnétophone change à la fois la hauteur et le timbre. Deux versions de « Strawberry Fields Forever », enregistrées dans des tonalités et des tempos différents, sont recollées en accélérant l’une et ralentissant l’autre jusqu’à ce qu’elles coïncident.
Raccord à la 60ᵉ seconde
1966
Les micros au ras des peaux
Geoff Emerick approche les micros de la batterie bien plus près que le règlement d’EMI ne l’autorise et emmaillote la grosse caisse dans un pull. La batterie cesse d’être un fond sonore et passe au premier plan.
Revolver
1967
La prise directe
Plutôt que de reprendre l’ampli au micro, on branche la basse directement dans la console. Plus de définition, plus de grave, aucune fuite dans les autres micros. Le procédé devient un standard mondial.
Sgt. Pepper
1967
Le crescendo orchestral
Quarante musiciens reçoivent une consigne inhabituelle : partir de la note la plus grave de leur instrument et monter jusqu’à la plus aiguë en vingt-quatre mesures, chacun à son propre rythme, sans écouter les voisins.
« A Day in the Life »